Quel judoka n’a pas un jour souffert de son dos ?
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Ce type de pathologie est très fréquent dans ce sport. A ceci, il existe plusieurs explications :
- le caractère violent de ce sport (de combat !) où existent des chutes, projections et immobilisations,
- les forts niveaux de contrainte sur le rachis (notamment lombaire) lors des efforts d’arrachage, de soulèvement ou de contre-attaque par exemple,
- es contorsions rachidiennes parfois violentes lors des immobilisations au sol,
- l’ajout de contraintes additionnelles, chez le pratiquant de haut niveau, par le biais de séances de musculation spécifiques incluant des mises en charge de la colonne vertébrale.
Hormis les traumatismes du rachis cervical (souvent associés à un traumatisme crânien), que nous n’aborderons pas dans cet article, on peut classifier le mal au dos du judoka en trois grandes catégories :
- la douleur intéressant le rachis lombaire (traditionnel « mal aux reins »),
- la douleur intéressant le rachis dorsal (la partie moyenne de la colonne vertébrale),
- les douleurs de dos liées à la croissance chez le pratiquant adolescent.
La douleur au rachis lombaire ou lombalgie commune
Cette lombalgie commune est le plus souvent due chez le judoka à une atteinte plus ou moins importante du disque intervertébral. Ce disque intervertébral (voir schéma) est une structure fibro-gélatineuse essentiellement composée d’eau qui permet de répartir et amortir les charges sur la colonne vertébrale et plus particulièrement entre les deux corps vertébraux qui l’entourent. L’écrasement modéré de ce disque provoque classiquement des douleurs en barre horizontale au niveau du rachis lombaire. Ces douleurs sont particulièrement ressenties lors des mouvements d’inclinaison ou de flexion de la colonne lombaire. Elles s’associent souvent à des contractures musculaires douloureuses des structures avoisinantes. Chez le judoka vétéran, ces lombalgies communes peuvent être en rapport avec une arthrose débutante. Le diagnostic est alors aisément établi par un bilan radiographique du rachis lombaire.
La douleur du rachis dorsal
Dans le cadre de traumatismes violents impliquant des chutes sur les fesses ou sur le dos, le judoka peut présenter une rare fracture - tassement vertébrale ou une fracture des apophyses transverses vertébrales. Cependant, les douleurs vertébrales dorsales sont le plus souvent en rapport avec des désordres mineurs. Ces Dérangements Intervertébraux Mineurs (DIM) sont simples à diagnostiquer et réagissent bien aux traitements ostéopathiques ou manipulations. Ces traitements, lorsqu’ils sont efficaces, permettent au judoka de gagner de précieux jours et anticipent le retour à l’entraînement et à la compétition.
Les douleurs de dos liées à la croissance
Au niveau de la colonne dorsale, il s’agit quelquefois de la maladie de Scheuermann qui est l’expression d’un conflit entre la croissance des vertèbres et les contraintes mécaniques répétées auxquelles elles sont soumises. Outre les douleurs pendant et après l’effort, cette maladie, si elle est négligée, peut aboutir à des déformations irréversibles de quelques vertèbres. Ces dernières deviennent cunéiformes et de profil la colonne apparaît alors avec des courbures excessives (hypercyphose dorsale : dos vouté).
Au niveau de la colonne lombaire, les adolescents ou adultes jeunes soumis à un entraînement intensif peuvent présenter une isthmolyse uni ou bilatérale. Ces isthmolyses sont de véritables fractures de fatigue de l’isthme qui est un pont osseux unissant la partie antérieure de la vertèbre à sa partie postérieure (voir schéma). Lorsque cette isthmolyse est bilatérale (cotés droit et gauche), le corps de la vertèbre (partie antérieure) peut alors glisser progressivement vers l’avant réalisant un spondylolisthésis. Cette affection est fréquente et affecte environ 5 à 8 % de la population sportive. Un jeune adolescent qui se plaint régulièrement de douleurs au dos doit consulter un médecin.
Qui dois-je consulter en cas de douleurs dorsales ou lombaires persistantes ?
Cela dépend principalement du mode de survenue. Si ces douleurs surviennent après une chute ou un traumatisme violent ou si leur survenue a été associée à un craquement, il convient de consulter rapidement un médecin du sport ou un service d’urgences. En cas de doute, celui-ci vous fera réaliser des radiographies pour rechercher une éventuelle fracture ou tassement vertébral.
Les kinésithérapeutes connaissent bien les pathologies du dos et sont souvent de bon conseil pour vous aider à estimer la gravité d’une situation et vous orienter, le cas échéant, vers un spécialiste.
Si les douleurs, notamment dorsales, sont survenues après un « faux mouvement », un spécialiste de médecine manuelle ou un ostéopathe diplômé pourra vous soulager de votre DIM. Il le fera soit par des techniques dites douces ou myotensives, soit en vous manipulant. Dans ce dernier cas de figure, il est licite qu’il vous demande de passer des radiographies du dos afin de détecter toutes situations pathologiques qui pourraient être aggravées par la manipulation.
Quand dois-je m’inquiéter ?
Il existe principalement deux situations qui doivent vous inciter à consulter rapidement un spécialiste.
Le premiers cas est celui d’une douleur en barre très violente et persistante au niveau lombaire avec une forte limitation douloureuse des mouvements de la vie quotidienne.
Le deuxième cas est celui d’une projection douloureuse dans un membre inférieur qui réalise comme un « trajet électrique ». Si cette projection douloureuse est associée avec des troubles de la sensibilité (engourdissement ou anesthésie) de certaines zones ou des pertes de la force musculaire, il faudra que le spécialiste confirme le diagnostic de sciatalgie ou de cruralgie. Ce tableau est le plus souvent provoqué par une hernie discale. Dans ce cas vous serez probablement amené à passer un scanner ou une IRM lombaire.
Qu’est ce qu’une hernie discale ?
Lors d’un écrasement violent du disque intervertébral, une partie de son contenu peut être expulsé vers l’arrière à proximité d’une racine nerveuse issue de la moelle épinière. Si cette dernière est comprimée par la hernie discale, cela réalise alors un tableau de sciatalgie (douleurs sur la face externe ou postérieure du membre) ou plus rarement de cruralgie (douleurs sur la face antérieure ou interne du membre). Le traitement de cette affection peut être soit médical (anti-douleurs, anti-inflammatoires, décontracturants musculaires, puis rééducation fonctionnelle) ou chirurgical si des signes de gravité neurologique existent (sciatique paralysante ou très douloureuse ou persistante). Dans tous les cas, le repos sportif est de mise et un arrêt de travail pourra quelquefois vous être prescrit par votre médecin ou votre chirurgien.
Existe-t-il une prévention du mal de dos du judoka ?
Il existe en effet des grands principes qui pourront vous aider. Il faut tout d’abord posséder une bonne sangle musculaire abdomino-lombaire. Ceci vous permettra un maintien lombaire de qualité et limitera la survenue de lombalgie ou hernie discale. On a coutume de dire que les lombalgiques doivent renforcer leurs abdominaux mais ce n’est pas toujours vrai. Certains sportifs ont des abdominaux défaillants alors que d’autres montrent une faiblesse de leurs antagonistes, les muscles paravertébraux (ceux situés le long de la colonne vertébrale et permettant l’extension du tronc). En cas de doute, il est possible de mesurer la force de ces groupes musculaire par le biais d’un test isocinétique. Les centres de rééducation et de médecine du sport possèdent généralement ce type d’appareillage et l’expertise s’y rattachant.
La prévention passe aussi par des bons gestes techniques dans la pratique du judo. Enfin, il convient de ne pas charger inutilement ou selon une mauvaise technique votre rachis lombaire, lors de séances intensives de musculation.
Enfin, est-il besoin de le rappeler, la réalisation d’un bon échauffement et d’étirements réguliers est également importante.
La prévention est cependant quelquefois mise en échec et il faut reconnaître que le judo est un sport qui sollicite beaucoup la colonne vertébrale. Parlez-en avec de « vieux » judokas.







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